En 1998 Vent d'ouest publie une bombe graphique et littéraire, une adaptation du roman russe Ibicus par le dessinateur Rabaté.

1

 

L'histoire commence à Saint-Petersbourg en 1917 (appelée à l'époque Pétrograd). Sur fond de guerre mondiale et de révolution bolchévique une gitane prédit réussite sociale et richesse à Siméon, un jeune comptable célibataire. S'accrochant à cette prophétie Siméon commet les plus vils forfaits, assuré par une certaine légitimité que lui confère sa soi-disante destinée. S'inventant tour à tour comte, gérant de tripot, propriétaire terrien, maquereau ou indic Siméon s'adpate comme un cafard aux événements chaotiques de la guerre.

 

2

 

Dessins traités au lavis, technique de noir et blanc à l'encre de Chine plus ou moins diluée, Ibiscus est d'une beauté très particulière mêlant drame et poésie avec brio, digne hommage au romantisme russe. En trame de fond, il semble en effet que Rabaté se soit inspiré de l'univers des grands artistes russes du XIXème siècle, à la fois sombres et sentimentaux.

3

 

 

Car Siméon est loin d'être un héros à qui tout réussit. S'il arrive régullièrement à mettre la main sur de belles fortunes (souvent mal acquises) il tombe aussi à d'autres moments très bas comme si sa destinée le mettait sans cesse à l'épreuve. Malgré tout, guidé par la prophétie de l'opulence et de l'oisiveté, Siméon redouble inlassablement d'inventivité pour s'extraire des situations les plus périlleuses.

4

 

Ibicus est en somme une histoire éloignée de tout moralisme judéo-chrétien bien pensant car malgré son opportunisme sans borne Siméon n'est en rien poursuivi par une sentence divine punitive. Ce n'est qu'un simple mortel mû par l'appât du gain et denué de culpabilité. C'est une critique de la société capitaliste où l'exploitation outrancière du plus faible est devenue une banalité.

 

ibikus