Premier récit d'une série sur les Chemins de Saint Jacques de Compostelle

Pour ce premier épisode, avant de raconter mon propre voyage je vais vous parler un peu du pèlerinage et de son origine.

Le départ de cette histoire commence dans le nouveau testament :

"Vers ces temps là le roi Hérode entreprit de maltraiter des membres de l'église. Il fit supprimer par le sabre Jacques, frère de Jean". (Actes des Apôtres, chapitre 12)

Jacques de Voragine relate que les disciples de Jacques, sous la conduite de l'ange Gabriel, emmenèrent le corps de Jacques en Galice sur un bateau sans gouvernail. Après maintes aventures ils enterrent Jacques pour qu'il repose en paix. Et il va se reposer huit siècles et va être complètement oublié, jusqu'en 813.

Cette année là Pélage, ermite de son état, voit s'abattre une pluie d'étoiles en un endroit où des anges chantent des cantiques. Prévenu, Théodomir, évêque d'Idra Flavia, découvre la tombe et le roi des Asturies ordonne de construire ce qui sera la première église bâtie sur une tombe. Santiago de Compostela (St Jacques des étoiles) est née.

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Après moultes aventures, quelques miracles et être devenu sous la bannière des espagnols le Matamore (le tueur de Maures), Santiago devient officiellement le troisième pèlerinage de la chrétienté avec ceux de Rome et de Jérusalem. L'insécurité de ces deux dernières a favorisé le développement de ce chemin.

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Pour les pèlerins du Moyen-Age, et même encore aujourd'hui pour certains chrétiens, il fallait avoir l'autorisation de son évêque pour partir sur le chemin. En France on gagnait depuis chez soi un des quatre principaux itinéraires de voyage qui se rejoignent aux Pyrénées. En Espagne, deux itinéraires : le Camino Primitive à travers la Galice et le Camino Francese qui longe l'océan. Celui ci est moins fréquenté et présente plus de dénivelé.

 

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france

 

Au 12ème siècle apparaît le premier guide randonnée, Le guide du pèlerin de Saint-Jacques, ancêtre de ceux qui nous servent aujourd'hui. Véritable source d'informations dont voici quelques savoureux extraits :

" A Estella le pain est bon, le vin excellent, la viande et le poisson abondant"

"Si tu traverses les Landes en été, prend soin de préserver ton visage des mouches énormes qui y  foisonnent et que l'on appelle guêpes ou taons"

"En un lieu dit Lorca, vers l'est coule un fleuve appelé le ruisseau salé. Garde toi bien d'en approcher ta bouche ou d'y abreuver ton cheval, ce fleuve donne la mort".

 

Et, s'agissant des pays traversés:

"Les gascons n'ont pas honte de coucher tous ensemble, sur une mince litière de paille pourrie, les serviteurs avec le maître et la maîtresse"

"Dans certaines régions de leur pays quand les Navarrais se chauffent, l'homme montre à la femme - et la femme à l'homme - ce qu'il devrait cacher"

"Les Navarrais forniquent honteusement avec les bestiaux. On raconte que le Navarrais met un cadenas à sa mule ou à sa jument pour empêcher tout autre d'en jouir. La femme et la mule sont en proie à la même débauche"

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Pour finir notons que le pèlerin de Saint-Jacques se doit de porter la coquille. Bien sûr il n'était pas évident jusqu'à l'époque moderne de se procurer une coquille au coeur de l'Europe chrétienne. Charge au pèlerin d'en trouver une en arrivant au bord de l'océan avant d'arriver à Saint-Jacques.

Dans l'antiquité la coquille était le symbole de l'amour (coquille de Vénus). Elle protège des maladies et des mauvais sorts. On en plaçait près des morts en offrande. Le pèlerin doit donc abandonner la sienne sur le mausolée du Saint.

 

saint jacques

 

Les sentiers sont toujours balisés de coquilles.

sentier

 

Et enfin, le pèlerin doit emmener sa créanciale (ou credanciale) à faire tamponner à chaque étape. Cette tradition est encore très usitée même chez les randonneurs pas trop chrétiens (j'ai voyagé par exemple avec deux israéliens).

 

creanciale

 

A suivre : mes débuts sur la Via Podiensis (GR65)

 

"Etonnants voyageurs. Quelles nobles histoires nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers."

Charles Baudelaire.