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Dans la bande dessinée comme en littérature classique, on trouve tous les styles d'écriture ainsi que tous les styles d'univers. A chacun son goût : polar, récit historique, humour, comics, manga, héroïc-fantasy, etc... Pour ma part il y a une catégorie que j'apprécie particulièrement:

La bande dessinée journalistique

Pour bien comprendre de quoi il s'agit, prenons comme point de départ ce que nous connaissons déjà : Maus (cliquez sur le nom pour retrouver l'article). Bien que généralement classé dans la bande dessinée historique, le chef d'oeuvre d'Art Spiegelman possède également un pied dans la catégorie dont il est question ce mois ci. Il est même considéré comme une référence incontournable pour les auteurs de BD-reportages. Vous conviendrez d'ailleurs avec moi que ces deux classifications sont intimement liées.

Comme Art Spiegelman, l'auteur de bande dessinée journalistique fait partie intégrante du récit; il n'est pas seulement narrateur mais aussi personnage (souvent principal) de l'histoire. Si l'on étudie l'histoire du journalisme, cette écriture subjective n'est pas vraiment nouvelle, on la trouve déjà chez Albert Londres au début du XXème siècle, même si elle a réellement pris son essor dans les années 1960 avec Tom Wolfe ou Truman Capote.

Dans l'histoire de la bande dessinée on trouve bien ces petits reporters belges espiègles et téméraires mais on ne peut pas vraiment dire qu'ils incarnent l'avènement de la bande dessinée journalistique, leurs histoires étant plutôt des aventures que des reportages. Ils représentent néanmoins l'image qu'on se fait un peu vulgairement des reporters des bande-dessinée, malgré le fait absurde que personne n'ait jamais lu le moindre de leurs articles.

jamais lu le moindre de leurs article

 

Mais laissons là ces héros qui ne méritent aucune ingratitude et intéressons nous à quelques auteurs actuels de ce nouveau journalisme dessiné.

Commençons par l'auteur Guy Delisle. Québécois issu de l'univers de l'animation, il vit et travaille maintenant à Montpellier lorsqu'il n'est pas en mission super papa expat' à l'étranger (sa femme travaille pour MSF). Dès la fin des années 1990 il se tourne vers la bande dessinée et est publié par l'Association, Dargaud et Delcourt.

l association dargaud et delcourt

 

Dans son album Shenzhen publié en 2000, Guy Delisle nous raconte son expérience de jeune expatrié en mission de six mois dans un studio d'animation chinois. Il relate les diverses difficultés d'un occidental dans une ville asiatique dont il restera à jamais extérieur malgré ses efforts d'intégration. Shenzhen pourrait n'être qu'un énième carnet de voyage mais grâce à un sens de la narration et de l'observation très aiguisé ainsi qu'à une bonne dose d'auto-dérision il nous embarque dans un récit parsemé d'anecdotes qui nous donnent une assez bonne première idée de la vie en Chine.

 

bnne première idee de la vie en Chine

 

Il réitère l'expérience avec Pyongyang (2003), Chroniques Birmanes (2007) et Chroniques de Jérusalem (2011), nous faisant encore partager ses expériences d'occidental expatrié dans des pays assez déroutants. La recette est la même mais fonctionne de mieux en mieux. Le lecteur est embarqué dans la vie quotidienne de Guy Delisle qui ne tarit jamais de récits amusants et révélateurs de la culture, la politique, la géographie du pays et de ses habitants.

et la vie de ses habita,ts

 

La mise en scène de ces histoires est construite autour de chapitres de plusieurs pages et n'est à aucun moment une succession de strips décousus ayant pour unique but de faire rire le lecteur.

Il y a une bonne dose de dérision, certes, mais elle n'est pas l'objet principal. Disons qu'elle accompagne plutôt une suite de situations dans lesquelles l'auteur cherche ses repères, bousculé par une culture qu'il tente de comprendre et de définir. Guy Delisle est en quelque sorte un voyageur actif, insatiable et lucide. Et à la lecture de ses titres le lecteur devient comme lui.

Alors à vos BD et bonne lecture!

(chronique spéciale reportage-BD à suivre le mois prochain...)

Astuce pour petit portefeuille mais grosse envie de lecture : les médiathèques sont souvent très bien pourvues en bandes-dessinées adultes et n'ont pas que le rayon humour et enfants!

 

Nelly.