Bangkok en trois mots?

Insouciant, dangereux, mystique.

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Lors de ton séjour au monastère Fo Guang Shan à Kaohsiung dans le sud de Taiwan, qu'as tu appris sur toi même? Sur quoi as-tu pu prendre du recul?

J’ai passé un mois dans le monastère Fo Guang Shan.

Je dirais que la première chose que j’ai apprise, c’est de parler couramment anglais. Fait intéressant puisque tout ce que j’ai appris là-bas s’est fait par le prisme de cette langue qui n’est pas ma langue maternelle. Et cela répondra certainement en partie à ta deuxième question, puisque c’est surtout cela qui m’a permis de prendre du recul. En effet l’objectif était d’apprendre à faire cesser le monologue intérieur par la méditation, soit apprendre le lâcher-prise, ou encore faire le vide dans l’esprit… Le problème, c’est qu’au bout de quelques jours de ce travail dans des conditions optimales, la circulation sanguine a tendance à s’améliorer, le stress à diminuer, et on est dans un état de clairvoyance tel, qu’on peut être amené à penser être soi-même LA réincarnation de Bouddha. Apprenant, m’exprimant et pensant dans une langue dont je ne connais pas toutes les subtilités m’a permis de garder une distance avec ce que je découvrais, et aussi une certaine fraicheur. J’ai vraiment pu décrocher du travail cérébral.

Cette expérience m’a rendu plus patiente, plus indulgente, plus concentrée, mais d’un autre côté, et parfois c’est gênant, elle a fait naitre un sentiment de vacuité. « Nothing is real », « Emptiness is the condition of life”, “Life could not exist if no emptiness” “The proof is that you could not drink your tea if the cup would not have an empty space, and you could not be able to hang around in the street if emptiness would have not be around you, you could not breath if no emptiness inside…”, “Everything is full of emptiness”… Voici quelques bribes de leçons qui me restent.

Je précise que les doctrines ne sont pas nihilistes, bien au contraire, mais on touche quand même à des questions qui suscitent une certaine inquiétude. D’ailleurs ce qui m’a poussé à faire ce séjour est la même chose qui me pousse à faire de l’art, c’est le désir de pouvoir m’expliquer, comprendre un peu du grand mystère. Et là je commence certainement à répondre à la question qui suit, alors je saute une ligne.

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Que t'apporte la création d'oeuvre d'art? Quel mode d'espression artistique est ton favori et pourquoi?

L’art me permet de former des repères dans l’inconnu. C’est une façon de m’approprier un espace/temps auquel je n’ai pas accès avec mes sens les plus développés. Je pense qu’il y a une vie dans l’invisible, il se passe des choses sous mes yeux auquel je n’ai pas accès, et qui a de l’influence sur moi, sur ma vie, ma naissance. Mes objets dans leur système, leur fonctionnement sont des captations de ce lieu inaccessible. L’objectif est certainement de créer des outils de compréhension, et d’affuter des sens plus subtils, pour arriver à avoir une perception plus pointue de notre réalité.

C’est aussi un désir de comprendre l’origine de toute chose. Qu’elle est ce principe qui précède tous les autres, et qui permet de faire tenir des particules de lumières entre elles (sur Terre toute matière est faite de lumière) ? Tu comprendras maintenant pourquoi je suis parti un mois à Taiwan, et le lien entre mon travail et cette question du vide (emptiness) dont je parlais plus haut. Le vide est généreux, et pourtant terriblement inquiétant. Et hop, la question de l’origine est là, et il faut se battre contre soi pour ne pas succomber à la part inquiétante, et pour rejoindre celle généreuse. On ne saute pas dans le vide sans parachute, alors faire des objets c’est le moyen pour moi d’explorer ce vide sans m’écraser au sol.    

J’avance à l’aveugle dans mon travail, puisque j’explore des choses que je ne peux percevoir aisément. Du coup je forme des outils qui fonctionnent différemment. D’abord la sculpture, car nous humains, nous ne pouvons créer directement avec la lumière, nous sommes obligé d’en passer par la matière. Par le volume, j’explore des postures intérieures, comme le vertige, la chute, l’impression d’un vide, l’impression d’être happé par le néant, l’impression qu’il y a une présence…. Ensuite je fais de la photographie. Avec ce médium, on se rapproche d’une création qui serait plus immatérielle, la création découle directement de l’impact de la lumière sur un support. On passe dans une dimension parallèle, la 2d, qui fait appel à une autre sensibilité, plus « psychologique », et surtout perceptive. Les « impressions » s’adressent aux yeux. Je fais aussi de la vidéo, ce qui permet d’ajouter un rythme, un mouvement entre sculpture et photographie, et qui apporte une nouvelle dimension perceptive.

J’ai énuméré mes supports de travail principaux, mais je travail aussi sur des éditions. Le livre amène une réflexion supplémentaire sur la question d’impression, de perception qui travail entre écriture, superpositions de feuillets, ou d’images… Enfin je dessine un peu, mais j’ai un peu délaissé cette pratique pour l’instant. Je pratique aussi l’installation. J’invite tous tes lecteurs (dont une bonne part doit être mes cousins, cousines, oncles et tantes, et que je salue chaleureusement), à visiter mon site internet et voir mon travail : www.jehannefortin.com. (voir lien dans la colonne à droite)

Quelle question je ne t'ai pas posée aurais-tu aimé que je te pose et quelle est sa réponse?

Aïe, retournement de situation compliqué pour moi... Oh vertige dois-je vraiment tenir le masque des deux côtés du miroir et m’adresser une question puis y répondre ? Je n’y puis point…

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L'objet

J’ai trouvé l’astuce. Bien sûre que je ne saurai me décider pour un objet seul, alors je te propose une de mes boites récolte. C’est un type d’objet que je conçois à partir d’une boite dans laquelle je collecte un certain nombre d’objets qui m’inspirent, qui font résonner un écho particulier en moi. J’ai choisi une boite avec plusieurs objets ramenés de Thaïlande ce qui me permettra d’ajouter quelques mots de plus sur ce pays où j’ai vécu 6 mois. C’est aussi un rassemblement reliquaire qui fera office de réponse Off ou réponse face B sur la question de mon travail artistique. C’est objets me tiennent à cœur dans le sens où ils sont ma nourriture pour une réflexion sur le mystère.

+ Une cuillère vraiment spéciale, trouvé en Belgique. Peut-être pour faire des minis boules de glace.

+ Deus couteaux qui servaient à ouvrir les bulbes de pavot, pour en récolter le latex qui sert à fabriquer l’Opium. Je les ai trouvés dans la ville de Chiang Saen en Thaïlande. Ces couteaux étaient faits par les paysans eux-mêmes.

+ Un collier qui vient du Brésil qui m’a était offert quand j’avais à peine 1 an. Je jouait avec et l’amie de ma mère à qui il appartenait me la laissé.

+ Un petit taureau en terre qui vient d’un monastère du nord de la Thaïlande. Il a était recouvert de petit bout de feuille d’or.

+ Une petite statuette de singe agenouillé, Thaïlande.

+ Une autre relique bouddhiste petite amphore recouverte de nœuds. Le taureau, l’amphore sont de petits objets confectionnés dans la prière.

+ Un tube avec un morceau de peau de tigre à l’intérieur, Thaïlande.

+ Un pique en acier et argent. Il devait venir d’un kit manucure très chic.

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