J'ai lu un livre de 611 pages en deux jours. Il y a quelques années ça n'aurait rien eu d'un exploit, mais ces derniers temps je dois dire qu'avec mes occupations diverses et variées, dont deux enfants, je suis contente si j'arrive à lire 20 pages avant de m'endormir.

Mais là je suis tombée sur un de ces livres qui vous happent, qui vous dévorent plus que vous ne les dévorez vous-mêmes. Un livre dont je ne pouvais me détacher, fascinée par cette biographie, assommée par ce récit d'une violence incroyable.

C'est un livre acheté par hasard, la couverture m'a plu. Couverture que j'ai scrutée longuement pendant ma lecture, car c'est l'histoire terrible de cette famille , celle là qui pose sur cette photo façon Walker Evans.. L'écrivain n'est pas représenté, il est né plus tard, le benjamin d'une fratrie maudite.

Dans ce livre il raconte l'histoire de sa famille, mélange de haine, de violence, de folie. Une mère issue des mormons, un père plein de secrets qui cogne femme et enfants. Une vie sur la route, en fuite, une vie d'arnaques, de misère, de morts et de coups de ceinture. Mikal est le seul enfant ayant connu un foyer "stable", c'est à dire avec un domicile fixe, à une époque où son père se contentait de ne battre "que" ses enfants et ne tabassait plus sa femme. Grâce à une enquête douloureuse il raconte la genèse et la chute de sa terrible famille. De l'enfance de sa mère, au début du XXème siècle, à l'exécution de son frère en 1976, condamné à être fusillé pour le meurtre de deux jeunes mormons. Gary Gilmore est connu pour avoir exigé le rétablissement de la peine de mort en Utah pour sa propre exécution.

Je n'arrivais tout simplement pas à m'arrêter de lire. C'est un récit hallucinant, haletant, c'est la recherche de l'origine du mal, pourquoi, comment devient-on un assassin. C'est la destruction lente, violente, furieuse d'une fratrie par ses parents. C'est la destruction lente, violente, furieuse d'un individu par lui même et par le système carcéral américain.

Et même lorque je ne lisais plus cela continuait de me "hanter", de me poursuivre, je pensais à l'enfance de ces garçons, à ces vies gâchées, à ces destins brisés. Comment peut-on faire vivre cela à ses enfants. Je suis tellement rentrée dans le récit que je me suis projetée en cette époque, en ce foyer et... je n'en suis pas sortie indemne.... Je ne suis pas sûre de vous avoir convaincus mais pourtant c'est un livre que je recommande, pour ceux qui peuvent encaisser en tous cas, pour la réflexion qu'il nous livre sur la culpabilité, la responsabilité, l'expiation...

 

"J'ai une histoire à raconter. C'est une histoire de meurtres : des meurtres de la chair et de l'esprit; des meurtres nés de la douleur, de la haine, du châtiment. C'est l'histoire de la genèse des ces meurtres, de la manière dont ils ont pris forme et déteint sur nos actes, dont ils ont transformés nos vies, et dont ils ont imprégné le monde et l'histoire autour de nous. Et c'est une histoire qui raconte comment la soif de violence et le meurtre prennent fin, pour autant, certes, qu'ils prennent jamais fin.

Je connais bien cette histoire, car je suis coincé dedans."

 

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