Nous avons célébré en 2009 le 20ème anniversaire de la chute du mur de Berlin. Que retiens-tu de ce jour spécial? Comment cela a t'il été vécu par ton entourage?

C'était comme l'aboutissement d'un processus. Je me souviens d'avant la chute, ces images de journaux télévisés montrant des hommes fuyant l'Allemagne de l'est par la Hongrie. Je n'avais que 11 ans mais je comprenais que l'on ne fuit que ce qui est mauvais, sinon on ne risquerait pas sa vie. Alors ce jour là j'ai vu les larmes, la peur et l'espoir. Dans ma famille personne n'a fuit ou tenter de fuir, j'imagine qu'aucun des membres de ma famille ne souffrait du système, personne n'ayant été blessé ou menacé. Ils vivaient dans l'aveuglement certes mais j'ajouterais qu'ils profitaient surtout de vivre dans le confort d'une communauté qui prenait soin d'eux.
Au moment de la chute du mur j'étais chez mes grands-parents, c'était les vacances de la Toussaint. Nous regardions cela à la télé, je trouvais ça très excitant. Comme je l'ai dit pour moi les gens fuyaient l'Allemagne de l'est car elle ne leur apportait rien de bon, ils s'y sentaient ou étaient directement menacés. Donc j'ai vécu la chute du mur comme la victoire de la justice et de la liberté.
Concernant mes grands-parents ils avaient surtout peur de la suite. Finalement ils étaient heureux avec ce qu'ils avaient. L'année suivante ils ont perdu ce qui reste le plus cher souvenir de mon enfance : le jardin de roses de ma grand-mère et le champ de framboises de mon grand-père, avec la cour et le bac à sable. Tout cela a été rendu aux propriétaires, ceux qui possédaient ces terrains dans les années 50. C'était juste, ça leur appartenait, mais ils n'y avaient plus d'attaches et les ont laissé à l'abandon. Fini les roses et les framboises, place aux terrains vagues...
Mon grand-père est mort juste après et ma grand-mère a du déménager en ville. La chute du mur a entrainé un tel changement dans les infrastructures que ma grand-mère n'a pas pu rester dans son village : les magasins de proximité fermaient, il n'y avait plus de docteurs sur place... Beaucoup de personnes âgées ont du faire comme elle.
Mon père était réserviste dans l'armée (en fait c'était obligatoire sinon vous deveniez un traitre, un ennemi d'état) et a été mobilisé pour stopper les manifestations, ce fut donc une situation très difficile pour lui.
Quant à ma mère elle était prise entre deux feux : heureuse de la liberté promise mais un peu inquiète car formatée par le parti socialiste qui n'admettant aucune critique ne laissait pas de place à la réflexion.

Mais surtout il y avait de la joie, la joie de n'être de nouveau qu'un et de retrouver enfin la famille "de l'autre
côté"!


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Comment imaginais-tu l'Allemagne de l'Ouest?

Colorée, bruyante, libre, corrompue, gâtée.
J'étais bien sûr consciente de la séparation, on en parlait à l'école et dans la famille aussi. Nous recevions régulièrement des paquets envoyés par la famille "de l'autre côté" et ce qu'ils envoyaient était toujours tellement fantaisiste, de belles choses pleines de couleurs. Mais où étaient ces gens? Moi je ne comprenais pas bien ce qui séparait l'Allemagne en deux... A l'école on nous disait seulement que les Alliés avaient fait ça pour éviter que l'Allemagne ne soit jamais plus assez forte pour reconstruire une armée et lancer une nouvelle guerre. On nous disait aussi que nous, allemands de l'est socialistes, formons un amical et paisible pays, rien ne peut se faire sans l'aide des autres et que c'est la seule richesse qui compte. Que nous formons une communauté unie et solidaire alors qu'à l'ouest vivaient d'avares et égoïstes capitalistes. J'y croyais alors, j'étais enfant, il ne pouvait n'y avoir que le bien ou le mal, et l'Allemagne de l'est c'était le bien! Et contrairement à mes parents les bananes et les oranges ne me manquaient pas.
Je suis contente que la chute du mur soit arrivée car sinon... Certes je parlerais russe couramment mais je suis sûre que le magnifique centre ville médiéval d'Erfurt aurait été détruit pour faire place à d'horribles maisons HLM rectangulaires entourées de grands axes routiers...


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Y a t'il des choses que tu trouves bizarre quand tu viens en France?
Le langage!! J'aime l'entendre mais c'est une langue difficile. Je me sens dépendante et incapable de me débrouiller seule... Mais je me sens toujours la bienvenue et je reviens avec plaisir!!

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Quel est ton meilleur souvenir d'Irlande?
Te rencontrer au Linguaviva Center de Dublin. Tu es arrivée en retard et nous étions en train de changer de salle de classe. Tu étais sur la marche juste en dessous de moi, je me suis retournée et je t'ai regardé dans les yeux. Et je me suis tout de suite dit que j'avais envie de te connaître.

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Quelle question que je ne t'ai pas posée aurais-tu aimé que je te pose et quelle est sa réponse?

On en parle en privé?

L'objet

C'est une sculpture que j'ai faite lors de mon séjour en centre de traitement psychothérapique à Leipzig.
On nous a demandé de faire une sculpture à partir d'une carte postale représentant un ange. J'ai choisi l'image d'un ange aux bras ouverts comme pour accueillir quelqu'un contre lui.
Au final mon ange est agenouillé comme pour aider quelqu'un qui serait tombé physiquement ou émotionnellement. A ce moment de ma vie j'étais au plus bas, j'étais cassée et j'ai choisi de ma faire aider, me faire relever.
Cet ange me rappelle ma soeur qui était là alors et qui est toujours là pour moi.

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